Un monde sans Monsanto ?
août 22nd, 2010Cet article est librement inspiré du livre de Marie-Monique Robin (La Découverte) intitulé Le Monde selon Monsanto, paru en 2008.
I have a dream, pourrait-on dire, paraphrasant le discours célèbre du pasteur Martin Luther King, celui d’un monde débarrassé des semences et pesticides génétiquement modifiés. Il s’agit en effet d’une question aussi importante pour le monde que l’espoir de paix évoqué par l’illustre américain.
Avant d’en arriver là, un retour en arrière s’impose : en 1974, Monsanto , une firme de St Louis, met en vente sur les marchés américain puis européen son pesticide vedette, le « Roundup » .
L’exemple de l’herbicide Roundup
« Roundup » est le nom commercial du glyphosate, un herbicide dérivé de la glycine, un acide aminé découvert par Monsanto avant 1970. Pour la première fois, un désherbant est non-sélectif, c’est-à-dire qu’il détruit toute plante : absorbé par les feuilles de celle-ci, il bloque sa croissance et conduit à sa totale destruction.
Vanté par Monsanto par des expressions comme « Respecte l’environnement », « Ne laisse pas de résidus dans le sol »
ou « 100 % dégradable », le glyphosate est donc utilisé par les agriculteurs pour nettoyer leurs champs des mauvaises herbes avant de semer les cultures suivantes. Bientôt viendront les jardiniers amateurs, rassurés par la notice technique du produit : « Utilisé selon le mode d’emploi, Roundup ne présente pas de risque pour l’homme, les animaux et leur environnement. »
Cependant, première alerte en 1996 : le ministère américain de la justice interdit à Monsanto de proclamer que son herbicide est « biodégradable, bon pour l’environnement, non toxique, inoffensif et connu pour ses caractéristiques environnementales ». Des plaintes pour empoisonnement par le glyphosate avaient été déposées. Les symptômes : irritation des yeux, troubles oculaires, maux de tête, irritation de la peau, nausées, sensation de gorge sèche, difficultés respiratoires, saignements du nez, vertiges.
En 1998, la firme est condamnée à payer 75 000 dollars pour une publicité suggérant l’innocuité du produit. En 2001, l’association « Eaux et rivières de Bretagne » assigne la filiale française de Monsanto pour publicité mensongère, car les eaux des rivières bretonnes présentent un taux de glyphosate supérieur au seuil légal. La même année, la Commission européenne déclare le glyphosate « toxique pour les organismes aquatiques » et « pouvant entraîner des effets néfastes à long terme pour l’environnement ».
Des études canadienne (en 2001), suédoise et américaine (en 2002) suggèrent un
lien entre l’utilisation du glyphosate et cancer humain. D’autres études établiront que l’exposition au Roundup expose les femmes enceintes à des fausses couches tardives et les hommes à des anomalies de la production d’hormones sexuelles. En France, le jugement intervient en 2007 : les dirigeants sont condamnés à 15 000 euros d’amende. Sanction bien légère ! Pourquoi Monsanto arrêterait-il la commercialisation du Roundup pour un risque financier aussi ridicule ?
L’hormone bovine, premier médicament génétiquement modifié
L’affaire de l’hormone bovine apporte un petit espoir. Cette fois, en 1985, Monsanto demande une autorisation de mise sur le marché d’une hormone de croissance, la somatotropine, fabriquée par manipulation génétique, destinée aux vaches et censée augmenter leur production de lait d’au moins 15 %.
Mais, en 1989 les archives d’une ferme expérimentale de Monsanto parviennent anonymement à deux chercheurs indépendants. Les informations sont claires : thyroïde, foie, cœur, reins, ovaires des animaux piqués à la somatotropine sont beaucoup plus gros que dans le groupe de contrôle ; 48 % des vaches traitées ne peuvent être inséminées, le niveau de l’hormone présent dans le sang variant considérablement d’un animal à l’autre. Dans un premier temps, l’article rédigé par les chercheurs est publié carrément manipulé par le magazine Science, avec la complicité de relecteurs à la solde Monsanto.
Mais que dire des effets du lait de ces vaches sur l’être humain ?
Plusieurs études font apparaître, chez l’enfant exposé au principe actif de cette hormone, le rBGH, un risque élevé de gigantisme, chez l’homme un risque quatre fois plus élevé de cancer de la prostate, chez la femme en préménopause un risque sept fois plus élevé de cancer du sein. Malgré tous ces risques pour la santé animale et humaine, les autorités américaines accordent à Monsanto l’autorisation de mise sur le marché de l’hormone de croissance bovine !
Heureusement, les polémiques ont alerté les autorités canadiennes qui ont refusé ce produit, ce qui a amené la Commission européenne à faire de même. L’ hormone est officiellement interdite dans l’Union européenne depuis le 1er janvier 2000.
Les semences transgéniques ou OGM
Les efforts de Monsanto pour faire autoriser son hormone de croissance bovine semblent a posteriori une préparation de l’opinion à la banalisation des organismes génétiquement modifiés, les fameux OGM.
Suivront en effet la mise sur le marché d’un « Roundup ready » pour combattre les effets non désirés du Roundup sur les « bonnes plantes » (!), puis de semences transgéniques du coton, du soja, puis du maïs, puis du blé, puis des pommes de terre ! Toutes ces semences sont brevetées.
Mais soit ces semences produisent des graines elles-mêmes stériles, soit Monsanto interdit par contrat aux agriculteurs de conserver des semences de leur récolte pour ensemencer la suivante ! On voit bien le contrôle que la firme cherche à imposer sur l’agriculture mondiale.
Heureusement, Monsanto échoue en ce qui concerne le blé aux États-Unis, grâce aux actions déterminantes des producteurs de blé américains. Les motifs ? Les semences de Monsanto ne sont pas plus productives que les semences conventionnelles et présentent des risques pour les animaux et pour l’homme, car le gène de la semence peut se fixer n’importe où et créer des cellules entièrement inconnues.
Les dégâts humains du soja transgénique au Brésil, en Argentine et au Paraguay, ceux du coton transgénique en Inde, du maïs transgénique au Mexique conduiront peut être enfin les autorités mondiales de l’alimentation humaine et animale (FAO et OMS notamment) à interdire ces produits.
Mardi
© La Lettre du Lundi 2010