Une hirondelle ne fait pas le printemps

février 14th, 2010

Comme la méchante reine dans Blanche-Neige et les sept nains, qui interrogeait toute la journée son miroir afin de savoir si elle était la plus belle de son royaume, Sarkozy est un accro des sondages, obsédé de connaître en permanence ce que les Français pensent de lui, de sa politique, de son action…
  
Le dernier sondage IFOP / Paris-Match du 11 février apporte une réponse sans appel : 60 % des Français désapprouvent l’action de Sarkozy. C’est quasiment son plus mauvais score depuis son élection, et ce en dépit de son show du 25 janvier sur TF1. La complaisance des médias et la « stratégie de communication » de l’Élysée n’y suffisent plus : la pilule est désormais trop amère pour les Français, les ficelles du charlatan trop visibles…
  
Au-delà de ce score brut de 60 % d’opinions négatives, il est particulièrement instructif d’analyser plus en détail les résultats de ce sondage.
  
Première constatation : si les Français ne sont « que » 60 % à désapprouver l’action de Sarkozy, c’est « grâce » aux Français de 65 ans et plus qui ne le désapprouvent qu’à 44 %.
  
Mais, avec 68 % d’opinions négatives, la plus élevée de toutes les tranches d’âge, les 50-64 ans, traditionnellement orientés à droite, ont lâché Sarkozy, ne croient plus à ses promesses et, contrairement aux plus de 65 ans, ne se laissent plus abuser par le thème sécuritaire, fonds de commerce du sarkozysme.
  
Pour autant, ces 50-64 ans ne pensent pas que l’opposition ferait mieux que le gouvernement si elle était aux affaires. Tous les Français de plus de 35 ans ont globalement le même avis sur ce sujet : 67 % des 35-49 ans, 67 % des 50-64 ans et 71 % des plus de 65 ans estiment que l’opposition n’obtiendrait pas de meilleurs résultats que le gouvernement actuel si elle était au pouvoir.
  
En résumé, les 50-64 ans pensent aujourd’hui que « l’opposition ne ferait sans doute pas mieux, mais on ne veut plus de Sarkozy ».
  
Seconde constatation : les cadres supérieurs et professions libérales – traditionnels supports de la droite – approuvent encore moins Sarkozy que les ouvriers ! Ses meilleurs résultats, il les trouve d’une part auprès des retraités (logique, compte tenu des tranches d’âge ; voir plus haut), d’autre part auprès des artisans et commerçants, professions qui ont globalement moins souffert de la crise que les salariés car elles ont plus de latitude pour auto-ajuster leurs revenus. Mais 62 à 69 % des salariés ne veulent plus de Sarkozy…
  
Si Sarkozy tient encore les médias, il a perdu les relais d’influence de deuxième niveau que constituent les professions libérales et la classe moyenne-supérieure, « leaders d’opinion » dans leur entourage ou au niveau local. Après avoir contribué à la victoire de Sarkozy en 2007, ils sont aujourd’hui écœurés, dépités, et ne se laissent plus abuser par les tours de passe-passe de la communication élyséenne.
  
La volonté de changer existe donc mais, dans l’immédiat, l’opposition n’est pas suffisamment crédible pour transformer cette volonté en action. Le PS est perçu comme divisé et incapable, le MoDem est inexistant et peu crédible et, à l’occasion des élections régionales, il est fort probable que ce soient les Verts – ou des listes apparentées – qui tirent le mieux leur épingle du jeu. Mais ces succès régionaux ne créeront vraisemblablement pas les conditions d’une alternative politique crédible au niveau national. Or, c’est ce qu’attendent les Français.
  
C’est donc probablement de l’intérieur du camp de la droite que viendra la plus grande menace pour Sarkozy (voir notre billet Le faux-pas de Catilina). Si on ne peut que se réjouir de le voir ainsi contesté dans son propre camp, il faut cependant rester lucide. Les lobbies ont déjà anticipé cette évolution et leur plan de bataille en tient compte. Celui-ci se décline en effet selon trois axes :

– « flinguer » l’Éducation nationale. L’objectif est, sinon atteint, du moins en bonne voie de l’être (voir La faillite programmée du système éducatif). C’était d’ailleurs la « feuille de route » de Luc Chatel lors de son entrée au gouvernement en juin 2009 (voir Derrière l’écran de fumée). En supprimant ou en prévoyant de supprimer 11 à 15 000 postes par an, il s’acquitte avec zèle de cette mission ;

– « flinguer » le système de retraite basé sur la répartition pour mettre en place un système de capitalisation. C’est l’objectif n° 1 du lobby des assurances, lequel ne lorgne que les salariés « intéressants » - financièrement s’entend bien entendu. Comme pour l’école publique qui n’accueillera bientôt plus que les enfants des « pauvres », le système public des retraites ne concernera que les bas salaires. Le « gras » sera pour les compagnies d’assurance. Sur ce dossier, Sarkozy est l’agent zélé de ce lobby : il a promis de faire voter une loi « avant la fin de l’année » ;

 « flinguer » la Sécurité sociale selon les mêmes méthodes : une médecine à deux vitesses, à l’américaine, objectif poursuivi à la fois par les compagnies d’assurance et les laboratoires pharmaceutiques. La recette sera identique à celle qui pourrait être mise en place pour les retraites : une bonne couverture médicale pour les salariés qui pourront – ou que l’employeur acceptera de – prendre financièrement en charge une telle dépense, le minimum minimorum pour les autres (bas salaires, intérimaires, stagiaires, etc.).

Il importe donc d’être lucide dans la recherche d’une alternative politique à Sarkozy et de ne pas se précipiter dans les bras du premier venu dont l’arrivée aura été préparée par ceux qui ont intérêt à ce que ce programme de « triple flinguage » se réalise. Attention à ce qu’une alternative à droite, ou avec un candidat centriste ou de gauche « libéral-compatible », ne soit pas un miroir aux alouettes. Pour conclure dans le registre aviaire, une hirondelle, c’est-à-dire le sondage du 11 février, ne fait pas le printemps.
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2010