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Ad majorem pecuniae gloriam

Dimanche, avril 4th, 2010




« Je vais vous dire une chose : en demandant la régulation du capitalisme, je pose les bases qui sauveront le capitalisme. » Mot pour mot, c’est la phrase qu’a prononcé Nicolas Sarkozy le 29 mars dernier devant les étudiants de l’université Columbia, lors de son déplacement aux États-Unis.
  
Quel que soit le contexte dans lequel elle a été prononcée, cette citation est intéressante à plus d’un titre.
  
Sur le plan psychiatrique en premier lieu. Mettez-vous face à une glace, imaginez que vous êtes le premier représentant de votre pays à l’étranger, et répétez cette phrase à voix haute. Selon votre tempérament ou votre humeur du jour, vous allez pouffer de rire, ou rougir jusqu’aux oreilles en vous entendant proférer de telles âneries, ou tout simplement vous n’oserez pas parler tellement vous trouvez cette déclaration ridicule.
  
Pas Nicolas Sarkozy. L’enflure de son ego et la distorsion entre le monde tel qu’il est et la représentation qu’il en a sont devenues telles qu’il peut non seulement affirmer sans rire de telles sottises mais aussi et surtout y croire profondément, être des plus sérieux et intimement persuadé que ses propos sont justes et sensés.
  
Cette posture messianique (le « Je vais vous dire une chose » prononcé publiquement ne veut-il pas s’apparenter au « En vérité je vous le dis » ?) apparaît comme la manifestation de troubles psychiatriques sérieux. Avant son élection, le journal Marianne avait d’ailleurs détaillé les troubles de la personnalité de Sarkozy dans un article… prophétique !
  
Cette phrase révèle également la nature profonde de celui qui la prononce. Voila un Président de la République dont l’ambition est de sauver une doctrine économique que Le Petit Robert définit comme un « régime économique et social dans lequel les capitaux, sources de revenus, n’appartiennent pas, en règle générale, à ceux qui les mettent en œuvre par leur propre travail ».
  
Noble tâche ! La France a connu des hommes et des femmes dont l’ambition, selon les nécessités de l’heure, était de sauver un régime politique (Catherine de Médicis ou, plus tard, Mazarin, qui voulaient sauver la Couronne, par exemple) ou le pays lui-même, occupé par une puissance étrangère. L’ambition de Sarkozy est tout autre : sauver le capitalisme ! Imagine-t-on Clemenceau ou de Gaulle prononcer une telle phrase ?

Au-delà du cas Sarkozy, et si l’on s’efforce de décoder le fond du propos, cette phrase révèle ce que nombre d’entre nous perçoivent, plus ou moins confusément : le système économique dénommé « capitalisme » nous envoie droit dans le mur. Inégalités croissantes, exploitation non contrôlée des ressources naturelles, chômage, crises financières à répétition… ce système économique, qui a pu donner sa pleine mesure tant qu’il restait des espaces à conquérir, que le monde n’était pas « fini » ou « borné », semble non seulement inadapté mais surtout dangereux dans un monde où les ressources sont en quantité limitée, où l’on doit plus que jamais véritablement penser et bâtir l’avenir, au lieu de laisser aux générations futures le soin de régler l’addition.
  
En ce sens, la phrase de Nicolas Sarkozy aurait pu être prononcée, en remplaçant « capitalisme » par « communisme », par certains dirigeants soviétiques des années 1980, qui assistaient impuissants à l’écroulement de leur système.
  
Concluons en remarquant que si c’est Sarkozy qui est chargé de sauver le capitalisme, et compte tenu de ses capacités et de son bilan, il va très rapidement falloir trouver une solution de rechange !
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2010