De troublants parallèles…

Il y a près d’un an, dans un précédent article (voir Un faisceau d’indices inquiétants), nous avions analysé et décrit par quels procédés et moyens les autorités politiques en place avaient tracé le chemin vers une « démocratie sous contrôle », un régime autoritaire et oligarchique qui n’aurait bientôt plus de république que le nom.
  
La cadence s’est accélérée depuis et nous sommes passés à une nouvelle phase dans cette évolution où l’on décèle maintenant de bien troublants parallèles historiques…
  
L’intimidation permanente

Dans la France de 2010, elle se pratique de différentes manières, rappelant certaines mesures vexatoires qui s’apparentent à celles qu’a connues l’Allemagne du futur chancelier Hitler ou la France de Pétain :

• les contrôles d’identité dans la rue, souvent « au faciès », sans aucune relation avec un quelconque « trouble à l’ordre public » ;

• le plan « Vigipirate », mis en place sous le motif (peut-être réel, mais qui peut le vérifier ?) de la menace terroriste, excellent moyen de rendre visibles aux citoyens les forces de l’ordre et d’entretenir un climat de crainte ;

• les attentes interminables, dans les préfectures, des ressortissants français d’origine étrangère pour faire renouveler un passeport, une carte d’identité ;

• les demandes de preuve de la nationalité française de parents naturalisés depuis plusieurs années (voir notamment le décret n° 2005-1726) avec, pour conséquence, des situations administratives dignes de Kafka ou plutôt d’Ubu, sources d’humiliations et d’accentuation des différences entre Français selon l’origine de leurs ancêtres ;

• les gardes à vue. Aujourd’hui, en France, un agent des forces de l’ordre - police ou gendarmerie - s’il a des « raisons plausibles » (plausibles, vous avez bien lu) de penser qu’une personne a commis une infraction (ou a pu la commettre) peut la retenir dans des locaux de police ou de gendarmerie !
Quand on connaît ces locaux, souvent exigus et malodorants, quand on sait que la personne est fouillée à corps (pour éviter un acte d’auto-agression), on comprend que cette détention policière reste une expérience traumatisante et dégradante pour ceux qui se retrouvent placés de façon imprévisible au secret, coupés du monde extérieur. Bien évidemment, aucun avocat n’est autorisé à assister le supposé suspect à ce stade ;

• les mises en examen et en détention provisoire sans preuve réelle d’actes délictueux. Tout le monde a présent à l’esprit la bande de Tarnac, accusée d’attentats sur des lignes SNCF puis remise progressivement en liberté au bout de 6 mois d’instruction et… de détention pour son chef présumé !

• la mise à l’écart des journalistes à la parole trop libre ou jugée trop insolente par le pouvoir (ainsi le directeur de Paris-Match qui avait publié une photo de Cécilia au côté de son amoureux, Daniel Schneidermann et son émission « Arrêt sur image » sur France 5…).

Comme la population allemande avait faiblement réagi aux atteintes à la liberté individuelle, les théoriciens nazis ont estimé qu’ils avaient les mains libres pour aller plus loin et qu’ils disposaient de toute latitude pour concevoir leur plan aberrant d’extermination des juifs d’Europe. Le pouvoir rend fou parfois…
  
Nous n’en sommes pas là en France mais, par exemple, l’absence de réaction populaire face à la possession des grands media de masse par des amis du pouvoir (Vincent Bolloré est propriétaire de Direct 8, Direct matin et Direct soir, Martin Bouygues de TF1 et LCI, Serge Dassault du Figaro, Arnaud Lagardère de Gulli et Paris-Match) encourage ce même pouvoir à continuer dans cette voie, par exemple en nommant le Président de France Télévision.
  
La fabrication de boucs émissaires
  
Pour les membres du parti national-socialiste, dès avant 1933, la cause de tous les maux dont souffrait le peuple allemand était montrée du doigt et stigmatisée : la « juiverie internationale », les communistes, les homosexuels, les francs-maçons, les tziganes. On sait que ce furent les principales victimes des camps de concentration et de la « solution finale ».
  
Notre gouvernement français de 2010 et ses soutiens fustigent tout ce qui n’est pas « bon Français » : ceux qui n’accèdent pas à l’emploi et ne travaillent pas (le RSA n’est attribué qu’à des personnes capables de tenir un emploi et laisse de côté les autres), ceux qui portent des vêtements cachant le visage (cagoule, burqa), ceux qui ne sont pas chrétiens, certains chefs d’entreprise qui délocalisent des emplois (pas tous, la vindicte est, dans ce domaine, sélective), les leaders des partis d’opposition. Quel avenir leur est réservé si ce pouvoir perdure et se renforce encore en 2012 ?
  
Les réformes anti-liberté

La liste est impressionnante et s’allonge d’année en année, de la suppression du juge d’instruction à la facilité déconcertante (voir ci-dessus) qu’ont la police et la gendarmerie pour placer une personne en garde à vue en passant par la loi Hadopi. Le florilège que nous avions dressé dans notre billet Un faisceau d’indices inquiétants n’a cessé de s’enrichir, l’imagination dans ce domaine étant un atout maître de l’équipe Sarkozy…
  
La diversion

Appelée aussi story telling, la diversion consiste à créer ou à faire mousser dans les media (d’où l’importance d’avoir des amis dans ce secteur d’activité) le plus grand nombre d’évènements susceptibles de distraire le bon peuple des drames dans lesquels il est plongé et que le gouvernement se montre impuissant à réduire (chômage, logement, pouvoir d’achat, déficits abyssaux, guerre, casse démocratique).
  
Un exemple emblématique récent est bien sûr la méga-campagne sur la menace de pandémie grippale. Et puis il y a les exemples récurrents, ce que dans la presse on appelle les « marronniers » car leurs feuilles poussent et retombent régulièrement : déboires conjugaux ou frasques de nos dirigeants (ou des dirigeants étrangers, Silvio Berlusconi jouant parfaitement son rôle dans cette partie) et des artistes, crises de tous ordres, menaces d’attentats, catastrophes naturelles et autres faits divers…
  
En guise de conclusion…

Dans l’Antiquité romaine, le pouvoir pratiquait la politique « du pain et des jeux ». Les jeux, les Français s’y adonnent de plus en plus : en 2009, le chiffre d’affaire de la Française des Jeux a augmenté de 8,6 % pour s’établir à près de 10 milliards d’euros. La sociologue Monique Pinçon-Charlot, citée par le site internet du Figaro le 11 janvier 2010, ne s’étonne pas de l’augmentation des dépenses de jeux d’argent en 2009. « Quand la crise est trop dure, il ne reste plus que le rêve que l’on peut acheter contre les quelques euros d’un ticket de Loto », dit-elle. « Depuis l’arrivée des amis du CAC 40 au cœur du champ politique il y a 2 ans et demi, l’ascenseur social ne marche plus du tout et il ne reste plus que le jeu pour les Français les plus désespérés », assure cette sociologue. C’est Le Figaro qui l’écrit !
  
Le désespoir est-il bon conseiller ? Faudra-t-il une explosion sociale comme en Guadeloupe au premier trimestre 2009 pour acculer le pouvoir à changer de politique, ou les élections régionales de mars 2010 ouvriront-elles la voie à un changement de pouvoir en 2012 ? La réponse nous appartient.
  
  
Mardi
© La Lettre du Lundi 2010

2 Responses to “De troublants parallèles…”

  1. Lorie Says:

    Analyse terrible,mais malheureusement vrai et peut-etre en de ça de la vérité Les jeux,de nos jours, font espérer aux gens de voir le bout du tunnel,les jeux des romains étaient des spectacles que l’on pourrait plutot comparer,à notre époque au foot ou autres sports qui sont aussi des stories stelling

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