2010 : le temps des perspectives

Après le bilan 2009, les perspectives pour 2010. Sans vouloir jouer les devins, à quoi pouvons-nous raisonnablement nous attendre cette année ?

Le pouvoir croissant des TGE…

Une tendance lourde, initiée il y a maintenant plusieurs dizaines d’années, devrait se poursuivre en 2010 : le pouvoir sans cesse croissant des TGE (très grandes entreprises), notamment en comparaison de celui des États.

On l’oublie fréquemment, mais les acteurs les plus efficaces et les mieux coordonnés de la scène internationale ne sont pas les États mais les TGE. Elles seules ont la capacité de mettre en œuvre une politique véritablement mondiale, de faire fonctionner de manière coordonnée des réseaux d’influence et de lobbying dans la quasi-totalité des États « qui comptent », de planifier des stratégies sur des durées longues, sans que celles-ci soient « brouillées » par des résultats électoraux.
  
Face à des États très affaiblis par la crise financière (voir notre billet Les illusions perdues), voire en situation de quasi-faillite comme l’Islande ou Dubaï en 2009, les TGE vont apparaître comme les grandes gagnantes d’une crise financière qu’elles traversent sans casse majeure.
  
Des États fragilisés
  
Le contraste est saisissant entre la bonne santé des TGE d’une part, des États d’autre part, lesquels, après des décennies de privatisations et de « moins d’impôts », sont aujourd’hui endettés et affaiblis. On peut donc s’attendre à ce que les « défauts » de paiement des États se multiplient, à commencer par les plus faibles et les plus endettés d’entre eux. Dans cette liste, on trouve traditionnellement la Grèce, l’Espagne… mais le vrai danger peut venir de la Grande-Bretagne, des 50 États américains et de l’État fédéral lui-même qui fait marcher à plein régime la « planche à billets » pour financer son déficit colossal.
  
Dans cette optique, le scénario que nous avions décrit en mars 2009, celui d’un effondrement du dollar suivi d’une véritable « révolution » politique, économique et culturelle aux États-Unis (voir Le jour où le dollar s’effondrera) reste parfaitement d’actualité.
  
pris en tenaille entre impôts et déficit…
  
Comment s’en sortir ? C’est la quadrature du cercle : pour financer ou résorber les déficits, les États devraient augmenter les impôts, et faire peser la charge fiscale sur ceux capables de la supporter, notamment les TGE et les foyers fiscaux les plus fortunés.
  
C’est bien sûr là que tout se gâte : les lobbies vont évidemment faire barrage à toute augmentation d’impôt qui lèserait leurs intérêts… sans parler des contribuables les plus riches qui disposent de réseaux d’influence leur permettant de préserver leurs avantages.
  
Un exemple récent ? Il date d’il y a quelques jours : certains sénateurs ont fait le forcing pour que, dans le calcul du bouclier fiscal (qui limite à 50 % de leurs revenus l’imposition totale des plus fortunés), les revenus des dividendes bénéficient d’un abattement de 40 %, ce qui aboutissait à minorer artificiellement le revenu de « contribuables aux facultés contributives souvent particulièrement importantes » comme le dit pudiquement le Conseil constitutionnel qui a, fort heureusement, censuré cette disposition.
  
qui vont sabrer dans les dépenses sociales…
  
Donc pas vraiment possible d’augmenter les impôts : les plus riches sont protégés (lobbies et élus « amis ») ; on va bien sûr pressurer un peu plus les pauvres et les classes moyennes mais il y a des limites à cette option car, électoralement, c’est plutôt contre-productif.
  
Reste donc une seule solution : couper dans les dépenses sociales en les supprimant, les réduisant significativement ou en demandant aux collectivités territoriales (régions, départements, voire communes) de les prendre un peu plus en charge. Comme la majorité des conseils régionaux et généraux est détenue par la gauche, c’est de surcroît une excellente façon de « refiler la patate chaude » à l’opposition politique.
  
mais maîtrisent encore moins les nouvelles bulles spéculatives
  
En injectant des milliards d’euros dans l’économie via des plans de relance sans définir en contrepartie des « règles du jeu » contraignantes à l’égard des entreprises et établissements financiers en ayant bénéficié, les États ont contribué à la création de nouvelles bulles spéculatives : hausse du cours des matières premières (pétrole et or notamment) et hausse des Bourses, notamment en Asie, sans relation aucune avec « l’économie réelle »…
  
Donc retour à la case départ : les banques et les institutions financières qui nous ont « mis dans le mur » lors de la crise financière ont recommencé leurs jeux spéculatifs et vont les continuer en 2010 comme si de rien n’était, avec de l’argent prêté par les États (c’est-à-dire par nous, les citoyens) et en bénéficiant de taux d’intérêt très bas.
  
La Chine s’impose…
  
En mai 2009, dans un billet intitulé Le point de basculement, nous nous interrogions sur le moment où les États-Unis cèderaient à la Chine le leadership mondial et analysions la tactique mise en place par les autorités chinoises pour atteindre cet objectif.
  
À la différence des États occidentaux « essorés » par la crise financière, l’État chinois est en position de force : endettement public très faible, monnaie non convertible et sous-évaluée permettant à ses entreprises de renforcer leur position « d’usine du monde » en se positionnant de surcroît dans le secteur tertiaire.
  
Le basculement du rapport de forces pourrait donc se produire beaucoup plus tôt que ne l’imaginent les États-Unis, notamment à travers le rapport de la CIA sur l’état du monde en 2025.
  
à nos dépens
  
Ce rôle croissant de la Chine constitue-t-il une « bonne nouvelle », pour nous Européens ? La domination chinoise serait-elle préférable à la domination américaine ?
  
La réponse est clairement non. Le comportement des Chinois vis-à-vis des Africains depuis une décennie environ, ces derniers étant parfois traités comme des esclaves (notamment au Congo), est un élément révélateur parmi beaucoup d’autres.
  
Il ne s’agit bien évidemment pas d’appuyer, de préférer ou de légitimer « l’impérialisme américain » mais il existe une différence de taille entre les deux régimes : les États-Unis sont une démocratie – certes bien imparfaite – et, à l’égard de ses propres citoyens, le respect des droits de l’homme ainsi que la liberté individuelle font partie de son « fonds culturel », malgré toutes les violations dont ils font l’objet.
  
La situation chinoise est totalement différente. Que le pays soit aujourd’hui une dictature pourrait n’être qu’un épiphénomène dans son histoire. Mais tel n’est malheureusement pas le cas. Les notions de démocratie, de droits de l’homme et de liberté individuelle sont non seulement étrangères à la culture chinoise mais la promotion de ces valeurs en Chine y est bien souvent perçue comme une tentative occidentale de recoloniser la Chine, de lui imposer des idées et des valeurs contraires à sa culture.
  
Un leader mondial cherchera toujours à imposer sa culture aux nations qu’il domine, comme l’ont fait les Américains depuis 1945 et, avant eux, les Britanniques, les Français, les Espagnols… Que ce leader ne soit pas une démocratie et ne dispose d’aucun bagage culturel pour le devenir est particulièrement inquiétant.
  
Une note d’espoir ?
  
Une note d’espoir ? Elle pourrait venir de l’Europe. Malgré les critiques dont son fonctionnement et ses institutions font l’objet, elle offre la possibilité de « dessiner un futur » car elle dispose de deux atouts :

• c’est le seul exemple au monde de coopération politique et économique relativement efficace mise en œuvre dans un cadre non coercitif, entre un aussi grand nombre d’États ;

• le modèle démocratique qu’elle constitue est exemplaire, au sens étymologique du terme : démocratie dans son fonctionnement interne, démocratie dans celui de ses membres constituants. Malgré les critiques – qui peuvent être parfaitement justifiées – dans sa mise en œuvre et son effectivité, il n’en reste pas moins que sur ces atouts qu’il faut s’appuyer et « capitaliser », si nous voulons encore « dessiner demain ».

 

Lundi
© La Lettre du Lundi 2010

3 Responses to “2010 : le temps des perspectives”

  1. Lorie Says:

    Non_l’Europe_ne_coopère_pas_efficacement,chacun-des_pays_ne_pense
    qu’à_son_intéret.De_plus,l’Europe_s’est_imposée_sans_l’aval_des_peuples
    ex:letraité_deLisbonne,et,la_nomination_d’un_président_inconnu,et,qui,
    d’après__les_médias,serait_manipulable.

  2. Millesime Says:

    l’Europe n’est qu’un zone de libre échange intégrée dans un esemble politico-économique transatlantique… “voulue par les Etats-Unis”..!

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