Rachida… ou le mépris du peuple
Samedi, décembre 19th, 2009La récente « sortie » de Rachida Dati au Parlement européen, « piégée » par un micro indiscret alors qu’elle s’épanchait par téléphone sur les malheurs de sa condition de députée européenne, dépasse largement le cadre de l’anecdote.
Au fond, peu importe qu’elle ait été ou non réellement piégée, qu’elle ait cherché à monter en épingle un épisode pour elle banal de sa vie quotidienne ou que ce faux-pas serve ou non les intérêts de son maître Sarkozy qui, après l’avoir portée au pinacle, l’a « exilée » à Strasbourg. Derrière les faux-semblants, cherchons la réalité.
Rappelons d’abord le contexte. Rachida Dati a été élue aux élections européennes de 2009 sur la liste UMP d’Île-de-France. Son « job » à Strasbourg est identique à celui des 750 autres parlementaires européens. À ce titre, elle perçoit une indemnité mensuelle de 7 700 €, sans compter divers avantages du type indemnité de frais généraux, indemnité journalière, remboursement des frais de déplacement, une dotation pour rémunérer des assistants… au total largement plus de 30 000 € par mois.
C’est bien sûr là que le bât blesse. Quand on a une telle fonction à remplir, dans des conditions matérielles qui vous placent parmi les 0,1 % de Français les plus fortunés, on bosse - c’est en tout cas ce qu’attendent ses électeurs - on ne joue pas la mijaurée parisienne, exaspérée par l’aspect peu glamour du job qu’elle a pourtant voulu et accepté. L’attitude de Rachida Dati traduit le mépris qu’elle porte à ses électeurs, au peuple et aux institutions qui lui ont permis d’accéder à ces fonctions, dont elle n’est manifestement pas digne.
Dans ces conditions, on peut à nouveau se poser la question de notre représentativité en termes plus larges et méditer la formule de Montesquieu : « Le suffrage par le sort est la nature de la démocratie, le suffrage par le choix est de celle de l’aristocratie » (voir Une nouvelle approche démocratique).
Mais ne tirons pas trop sur Rachida Dati intuitu personae. Elle est au fond très représentative d’une certaine manière de « faire de la politique » personnifiée par son mentor, Nicolas Sarkozy, pour lequel tout n’est que communication et mise en scène. Pour lui et ceux qui l’entourent, peu importe les résultats, seule compte la perception que les électeurs en auront, le décor de théâtre qu’ils « achèteront », l’image qu’ils auront du pouvoir. Quand on a été élevé à telle école, passer des heures à négocier un texte en commission en se confrontant aux points de vue grecs et irlandais, c’est de la science-fiction !
Rachida Dati devrait pourtant savoir qu’aujourd’hui, c’est au niveau européen que se situe le pouvoir politique, que c’est là que se prennent les véritables décisions (voir Poursuivre le chemin ou changer d’Europe et Quatre enjeux pour l’Europe), celles adoptées au niveau national n’étant que la traduction locale d’orientations qui concernent 500 millions d’habitants. Même si les hommes et femmes politiques de chaque État font encore trop souvent « comme si » : comme si, au fond, ils détenaient beaucoup plus de pouvoir qu’ils n’en disposent en réalité.
Mais surtout, les décisions politiques européennes sont le fruit d’un travail collectif et d’un compromis entre des intérêts ou des visions parfois totalement divergents. Pour être efficace dans un tel contexte, mieux vaut posséder de réelles capacités de leader – charisme, obstination, exemplarité, vision à long terme, capacité de convaincre – et savoir faire preuve d’opiniâtreté et de résistance lors de négociations, que d’avoir un ego surdimensionné qui aboutit à ne comprendre et à n’intégrer que sa seule vision dans une négociation.
Le processus législatif européen est un travail de couturière, minutieux, patient, difficile, qui s’accommode mal des feux de la rampe et semble extravagant à une femme habituée à porter de la haute couture sans la payer.
Fruits de la société du spectacle, uniquement soucieux de paraître, Rachida et les autres se comportent comme des enfants capricieux, totalement inadaptés à cet environnement politique en gestation. Immatures et narcissiques, au fond incapables de « penser la complexité », « penser collectif » et, tout simplement, de « penser demain ».
Lundi
© La Lettre du Lundi 2009
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