2009 : à l’heure du bilan
Lundi, décembre 28th, 2009Lorsque, début 2009, nous avons publié les premiers billets de La Lettre du Lundi, nous avions alors pour objectif de prendre du recul dans l’analyse de l’actualité politique, économique et sociale - qu’elle soit nationale ou internationale - d’apporter des éléments de réflexion, de nous interroger sur les évolutions « lourdes » de notre société.
Un an plus tard, le pari est, de ce point de vue, gagné. D’une part, les quelques dizaines de lecteurs réguliers des premières parutions sont aujourd’hui devenus des centaines. D’autre part, en relisant l’ensemble des billets publiés, nous confirmons et validons les analyses que nous avons effectuées.
Si l’on devait résumer l’essentiel de nos billets en quelques lignes, le message serait alors le suivant.
Depuis les années 1980 et la politique « libérale » - au sens français du terme - initiée par Ronald Reagan aux États-Unis et Margaret Thatcher en Grande-Bretagne, un nouveau modèle de société s’est progressivement mis en place dans ces deux pays puis, par contagion pourrait-on dire, dans l’ensemble de la planète.
Sous le prétexte de « moins d’impôt » et « moins d’État », la philosophie de ce modèle de société, c’est en fait « laissons croître les inégalités. Arrêtons le “système” qui a prévalu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, selon lequel la réduction des inégalités va dans le “sens de l‘histoire” que nous devrions nécessairement suivre ».
Cette « marche vers l’inégalité » aboutissant à favoriser les plus riches par rapport aux plus pauvres a été soutenue par de très nombreux lobbies pour deux raisons principales :
• en tant qu’entreprises, ils ont été les premiers bénéficiaires du « moins d’impôt, moins d’État ». Quelle entreprise souhaite en effet payer beaucoup d’impôts si elle réalise des bénéfices et se trouver « enserrée » dans un cadre législatif et réglementaire contraignant ?
• en tant que personnes physiques, les actionnaires et dirigeants de ces entreprises souhaitaient retrouver à titre personnel les avantages obtenus pour leur entreprise : moindre taxation des hauts revenus et des gains tirés du capital, avantages fiscaux en tous genres pour les plus fortunés.
Une trentaine d’années après la mise en œuvre de cette nouvelle politique, on peut très cyniquement dire que les résultats ont été parfaitement atteints (voir Connaissez-vous Gini ?) : partout dans le monde les hauts revenus et les gains du capital sont beaucoup moins taxés qu’ils ne l’étaient alors, les gains en productivité des entreprises ont principalement profité aux actionnaires et aux hauts dirigeants. Par voie de conséquence, les inégalités entre citoyens se sont accrues…
Une telle situation implique bien sûr de faire avaler cette pilule au bon peuple. Pour cela, il est nécessaire de multiplier les leurres dans le domaine politique - guerres extérieures, lutte contre « l’ennemi intérieur », « pipolisation » de la vie politique (on attire l’attention sur l’accessoire pour que l’essentiel soit oublié) - et, plus globalement, dans la société qui s’oriente alors vers le panem et circenses dénoncé par Juvénal.
La multiplication des leurres ne suffit cependant pas pour atteindre cet objectif fort peu louable. D’autres moyens doivent notamment être employés, parmi lesquels :
• crétiniser la population. C’est un des objectifs de la « société du spectacle » qui a uniquement besoin de « citoyens-consommateurs » et non de « citoyens-pensants ». La recette pour y parvenir est des plus simples : détruire l’enseignement de masse pour ne laisser en place qu’une éducation réservée de facto à l’élite, comme dans les Universités américaines. La France s’est engagée dans cette voie (voir La faillite programmée du système éducatif) et, avec Luc Chatel à la tête de l’Éducation nationale (voir Derrière l’écran de fumée), est bien placée pour réussir à saborder son service public de l’éducation ;
• restreindre les libertés publiques. Peu à peu, étape par étape, morceau par morceau, les Français échangent leurs libertés contre une sécurisation supposée plus grande de leur existence et de leurs biens (voir Un faisceau d’indices inquiétants). La ficelle est bien grosse, mais le Président-ministre de l’Intérieur lui doit son élection : il sait en user en artiste consommé…
Et Sarkozy justement ? Son rôle dans ce tableau ? Tout simplement celui d’un accélérateur, qui veut définitivement (et sans espoir de retour) faire prendre à la France le chemin de la « révolution conservatrice ». Le chemin avait été bien préparé par les lobbies (en ce sens, le rôle de l’ex-CNPF, aujourd’hui Medef, a été déterminant) mais certains (Mitterrand et Chirac notamment) hésitaient à prendre franchement ce tournant et, pour de multiples raisons, avaient encore la nostalgie d’une « certaine idée de la France » ou d’une « social-démocratie à la française ».
Foin de ces retenues avec Sarkozy ! Une des premières mesures de son règne a été de faire voter la loi TEPA. Tout un symbole : un nom ronflant (travail, emploi et pouvoir d’achat), quelques mesures pour la galerie (un encadrement bien léger des « parachutes dorés ») et de « vraies » mesures fiscales qui auront des conséquences lourdes sur les inégalités économiques entre citoyens (forte réduction des droits de succession, réduction de l’impôt sur la fortune, abaissement du seuil du bouclier fiscal, favorisant ainsi les contribuables les plus aisés…).
Voila le tableau général. La quasi-totalité des billets que nous avons rédigés cette année, que ce soit dans le domaine de la politique, de l’économie, du social, du militaire, du religieux, de l’éducation, de la communication… sont « en phase » avec cette analyse et cette vision globale de l’évolution de nos sociétés.
Où cela nous mènera-t-il ? Quelles sont les perspectives pour 2010 ? Ce sera le sujet de notre billet du 4 janvier.
Lundi
© La Lettre du Lundi 2009