Au royaume du Danemark
Le billet de cette semaine débute en forme de devinette. Voici un pays qui répond aux cinq caractéristiques suivantes :
1 - Le pouvoir est concentré dans les mains du chef de l’État et de ses conseillers. Le Premier ministre - car il y en existe un - exécute fidèlement les décisions prises au sommet, le Parlement fait de la figuration, l’opposition est inexistante.
2 - La personne du chef de l’État et l’armée sont inviolables : aucune critique n’est tolérée. Dans ce contexte, la presse et, plus largement, les médias, font l’objet d’une « attention » particulière :
● la presse indépendante pratique l’autocensure pour éviter des condamnations à de lourdes amendes ou l’interdiction de paraître ;
● un journaliste a été interdit d’exercer pendant dix ans, d’autres ont choisi l’exil, cependant qu’une presse privée, possédée par de grands groupes industriels, sert de caisse de résonance à la politique du chef de l’État ;
● un jeune homme, sans attache politique connue, qui avait créé sur Facebook le personnage du frère du chef de l’État, a été enlevé, tabassé, emprisonné… puis gracié par le chef de l’État suite aux protestations internationales en sa faveur ;
● un livre très critique à l’égard du chef de l’État est interdit et n’est diffusé que sous le manteau. Toutefois, curieusement, son auteur se déplace encore librement dans son pays.
3 - Le chef de l’État et ses proches sont les premiers entrepreneurs, les premiers banquiers, les premiers employeurs du pays.
4 - Les manifestations d’opposants sont réprimées et donnent lieu à des arrestations arbitraires.
5 - Les attentats, peu nombreux au demeurant, ou les tentatives d’attentats, sont largement médiatisés, façon sans le dire explicitement de justifier les contrôles de la population, des journaux, des radios.
À la lecture de ces lignes, on ne peut que ressentir un certain malaise S’agit-il de la Birmanie ? De la Côte d’Ivoire ? De la Chine ? Non, cette description s’applique au Maroc et à son roi Mohammed VI. Mais le malaise a une autre origine, car on ne peut s’empêcher de penser également à la France et au chemin pris depuis deux ans, un chemin qui mène tout droit à un régime autoritaire comme celui du Maroc !
Nous avions déjà évoqué cette dérive du régime dans de précédents billets (voir notamment Un faisceau d’indices inquiétants), dérive que de récents événements ou déclarations ne font qu’accentuer. La déclaration de Sarkozy évoquant les « coupables » de l’affaire Clearstream ajoute une pierre à l’édifice, ne fait que renforcer le malaise.
Plus inquiétant, le phénomène ne touche pas seulement la France. En Italie, l’attitude ahurissante d’un Berlusconi qui n’hésite pas à porter plainte contre les médias qui critiquent son attitude et ses frasques sexuelles, a entraîné une réaction de la rue, une manifestation de ras-le-bol contre ces outrances et cette restriction des libertés publiques.
Car c’est bien de cela qu’il s’agit : peu à peu, insensiblement, par touches successives, la concentration des pouvoirs s’accroît dans un nombre toujours plus grand de régimes, restreignant d’autant la liberté des citoyens et amoindrissant chaque jour le « rôle tampon » des corps intermédiaires (assemblées locales, syndicats…). Certes, la France n’est pas le Maroc mais on a chaque jour un peu plus l’impression d’une similitude malsaine entre les deux régimes, d’un rapprochement des attitudes et des comportements.
Et le phénomène ne touche pas que ces deux pays : dans le monde entier, la médiatisation croissante, le simplisme généré par le flash d’infos de 30 secondes, la recherche de l’image ou de la déclaration-choc, sont autant d’éléments de communication qui renforcent, justifient et font passer pour « naturelle » une concentration toujours plus grande du pouvoir.
Qui en est le principal bénéficiaire ? Les lobbies bien sûr, qui ont parfaitement compris qu’il est plus facile, et surtout moins coûteux, de n’avoir à contrôler que la tête pour que le reste suive…
Discours gauchiste ? C’est pourtant celui que tient Jérôme Monod (ancien directeur du cabinet de Chirac à Matignon, ex-secrétaire général du RPR) lorqu’il déclare aux Échos : « aujourd’hui, le pouvoir a rendu les armes. Il n’a plus la compétence, ou le courage nécessaire… Il est sous la pression des lobbies, des intérêts particuliers, d’entreprises menées par l’appât du gain. Les événements redonnent du sens à un vocable qui était autrefois l’apanage du Parti communiste : la financiarisation des entreprises. L’attention portée à la qualité des métiers, au bien commun des clients disparaît au détriment de quelques ratios financiers. L’économie n’intègre plus d’autres valeurs que la spéculation, le gain, l’accaparement. C’est la porte ouverte à la violence, la corruption, la mafia. »
Monod, Marx, même combat ? Pour en arriver là, il faut réellement, comme l’écrivait Shakespeare, qu’il y ait « quelque chose de pourri au royaume du Danemark ».
Mardi
© La Lettre du Lundi 2009
octobre 5th, 2009 at 07:38
Excellent billet…
Peu de gens se rendent compte de ce glissement du pouvoir…
Résultat d’une avalanche de mesures et de réformes liberticides…
Du culte de la peur, de la xénophobie, du pouvoir, de l’individualisme et de l’argent…
Sous couvert de dynamisme et de modernité…
Français, Irlandais, Peuples d’Europe, réveillez-vous!
Misère…
octobre 5th, 2009 at 22:22
Il faut arrêter d’être parano, nous sommes encore en démocratie ! Vous dites par exemple qu’au Maroc les journalistes sont sous censure, mais Mr. Le Président ne cherche t’il pas au contraire à libérer ceux détenus à travers le monde pour leur permettre d’exercer leur métier dans le pays libre qu’est la France ?
octobre 6th, 2009 at 22:13
Les irlandais ont été victimes d’un lavage de cerveau!Mais en France la votation sur la poste redonne du baume au coeur!Les gens sont en trainn de se réveiller!