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Coitus interruptus

Dimanche, octobre 25th, 2009

Coitus interruptus. Le jeune étudiant en droit de 23 ans qui devait prendre la présidence de l’EPAD début décembre (voir notre billet Le dauphin Jean) a finalement renoncé à briguer ce poste. Décryptage et perspectives…
  
En politique, le ridicule peut tuer, du moins blesser mortellement. Moquée partout dans le monde, soutenue seulement par un clan, condamnée unanimement à gauche et à droite, la volonté de Nicolas Sarkozy d’imposer son fils à la présidence de l’EPAD apparaissait de plus en plus comme le caprice du chef d’une république bananière. Les élus et les électeurs de droite, scandalisés par de telles méthodes, ne soutenaient plus le Prince « sur ce coup-là ». La presse internationale, notamment le New York Times, se faisait l’écho de ces méthodes dignes d’un Ferdinand Marcos et relayait l’accusation de népotisme. Il fallait reculer, et vite !
  
D’où le rétropédalage rapide mais parfaitement orchestré par le service communication de l’Élysée pour rattraper le vrai-faux pas du Prince. Un des aspects les plus intéressants de cette affaire, c’est que Sarkozy s’est tiré une balle dans le pied en essayant vaille que vaille d’imposer de force le fiston. Il a oublié que les Français conservateurs défendent des valeurs et que c’est au nom de ces valeurs qu’ils ne supportent plus ces abus.
  
Réjouissons-nous donc de ces réactions. Mais restons cependant lucides dans l’analyse. Que les folies et les outrances de Néron irritent et agacent les élus et les électeurs du « clan impérial » est une excellente nouvelle, mais les problèmes de fond et les tares du système demeurent (voir notamment Un faisceau d’indices inquiétants, L’éternel recours au Prince et Les illusions perdues). Le système Sarkozy n’a pas pour autant abandonné le chemin emprunté depuis deux ans pour « flinguer la République ».
  
Ainsi, Jean Sarkozy est cependant membre de l’EPAD et, à 23 ans, inculte, ayant pour tout bagage d’être « fils de », il se positionne comme le futur patron d’un département dont le PIB approche des 100 milliards d’euros. Sur le plan électoral, il va donc disposer, présidence de l’EPAD ou pas, du plus beau gâteau et du plus beau joujou que l’on puisse imaginer lorsque l’on veut réussir en politique avec une étiquette de droite.
  
On peut également compter sur Papa pour vouloir pendre à un croc de boucher (le Prince est poète à ses heures…) tous ceux qui, sur ce coup-là, n’ont pas suffisamment soutenu la candidature de son rejeton.
  
Il faudra donc plus d’une victoire comme celle-ci pour que l’on puisse parler de véritable revers pour Nicolas Sarkozy. L’affaire Clearstream n’en prend que plus d’intérêt dans cette perspective. Au-delà des péripéties juridiques et sans se prononcer sur le fond de l’affaire, il est certain que la décision prise par les juges sera lourde de conséquences politiques : soit elle conforte la tendance de la droite libérale, atlantiste et anti-égalitariste représentée par le clan Sarkozy, soit elle remet en selle une opposition de droite colbertiste, de type gaulliste ou assimilé, qui a en tout cas intégré et accepté les principes de 1789.
  
C’est donc bien dans ce contexte et, étape suivante, dans la perspective de 2012, que se situera la décision Clearstream. Notre souhaite de voir se mettre en place des convergences républicaines (voir notamment Comment se débarrasser de la camarilla Sarko : osons les convergences républicaines et Pascal était républicain) n’en prend que plus de relief : l’affaire de l’EPAD a bien montré la scission qui existe au niveau des valeurs entre deux conceptions de la politique et de la vie en société. C’est cette différence de visions radicalement différentes qui doit être soulignée, et pas les luttes de nains de jardin entre opposants anti-sarkozystes.
  
  
Lundi
© La Lettre du Lundi 2009