OTAN : tout ce qu’on vous cache

Les 3 et 4 avril, au cours du sommet de l’OTAN à Kehl-Strasbourg, la France va officialiser son retour dans le commandement intégré de l’Alliance atlantique. Elle l’avait quitté en 1966, sur décision du général de Gaulle.

Celui-ci voulait alors confirmer au monde entier l’indépendance politique de la France, garder les mains et la parole libres. C’était déjà le sens de la reconnaissance de la Chine communiste, de sa proposition de neutralisation de l’Indochine et, en 1964, de son voyage triomphal en Amérique latine considérée par les Américains comme leur chasse gardée.

Le Général voulait également protéger notre pays d’une décision stratégique de l’OTAN qui n’irait pas dans le sens des intérêts politiques ou économiques de notre nation.

Sa volonté était donc, d’une part, de conserver la capacité d’influence française dans le monde, d’autre part, de protéger notre pays d’opérations militaires qu’il n’approuverait pas.

Depuis 1995, la France a amorcé un retour progressif dans l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord au point de contribuer, dans des proportions importantes, au financement et à la mise à disposition de forces militaires. Ce retour s’est toutefois effectué, et c’était la difficulté, sans participer véritablement aux prises de décisions stratégiques de l’Organisation.

En rejoignant le commandement intégré, la France semble obtenir deux commandements : ceux de Lisbonne et de Norfolk. Ce dernier est le lieu de la conceptualisation de la future OTAN, de la « transformation », comme disent les militaires concernés. Cette hypothèse comporte toutefois plusieurs inconnues :

  • Première inconnue : avons-nous la garantie de piloter cette « transformation » ?
  • Deuxième inconnue : dans l’affirmative, sommes-nous en situation de peser sur les futures décisions politiques et stratégiques ?
    L’OTAN a déjà entamé un triple élargissement sur lequel nous n’avons aucune prise :
                – élargissement fonctionnel, avec l’adjonction de nouvelles missions coûteuses, comme l’Afghanistan ;
                – élargissement géographique, avec l’admission de nouveaux États européens et, peut-être, de l’Australie, de la Nouvelle Zélande, du Japon et de la Corée du Sud ;
                – élargissement politico-militaire, par exemple quand elle sert de cadre à la réouverture du dialogue entre Moscou et Washington.
    Ce triple élargissement pose la question de la place de l’ONU dans le monde. Est-il réversible ou même amendable ? Autrement dit, l’Alliance restera-t-elle atlantique ou sera-t-elle élargie au reste du monde ? L’OTAN servira-t-elle à se débarrasser des votes du Conseil de Sécurité ? Si tel était le cas, cela modifierait très notoirement la place de la France et de l’Europe dans ce dispositif.
  • Troisième inconnue : le développement de l’OTAN est-il compatible avec la construction d’une défense européenne ?
    Après l’effondrement du mur de Berlin, l’Europe a créé l’euro et lancé la PESC (Politique étrangère et de sécurité commune). Ces nouveaux outils confortent la construction européenne et constituent les éléments qui permettent de bâtir une « Europe-puissance ».
    La réintégration de l’OTAN aidera-t-elle, comme il est dit, la poursuite de cette construction de défense européenne ou bien l’annulera-t-elle, sachant que les États-Unis, le Royaume-Uni et l’Allemagne y sont hostiles ?

Dans ces différents domaines, la France a quatre axes de travail :

  • 1 - le maintien de sa force de dissuasion à un niveau de crédibilité suffisant ;
  • 2 - son siège au conseil de sécurité de l’ONU ;
  • 3 - la construction européenne ;
  • 4 - sa participation à l’OTAN.

À ces quatre axes de travail correspondent quatre budgets. Sommes-nous certains que ce quatrième budget ne cannibalisera pas les trois autres ? La question budgétaire, ou plutôt le « siphonage » budgétaire que pourrait entraîner la réintégration à l’OTAN, constitue donc une quatrième inconnue.

Sur le plan politique, cette décision de réintégration place de facto la France « dans la roue » des États-Unis, et ce en pleine crise financière, économique et sociale qui privera, peut-être, à terme, ce grand pays des moyens d’assurer le leadership de l’Alliance. Dans cette hypothèse tout à fait plausible, qu’adviendra-t-il de tous ces efforts ? Nous sommes en train de monter dans un avion qui pourrait perdre son pilote peu après le décollage !

En conclusion, ce qui est à craindre de cette réintégration par la France du commandement intégré de l’OTAN, c’est une dislocation de l’Europe, une marginalisation de l’ONU, une « dissolution-banalisation » de la France et des Français dans un ensemble anglo-américain. Voilà le triste bilan d’une décision prise sans consultation ni débat démocratique par un homme qui butine de sujet en sujet avec son image pour seule préoccupation personnelle.

Nous préférons croire que l’histoire de la France ne s’écrit pas avec un plan de com’, mais en prenant le temps du dialogue et de la pédagogie pour que tout un peuple adhère à une question aussi fondamentale.

Face à un tel enjeu, Nicolas Sarkozy a préféré présenter sa décision le 11 mars devant la Fondation de la recherche stratégique avant de demander au Parlement d’en débattre a posteriori le 17 mars. En d’autres termes, cela s’appelle fouler aux pieds la représentation nationale et sa propre majorité.

Gavroche
© La Lettre du Lundi 2009

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