De la contagion des mauvaises habitudes
Dimanche, janvier 18th, 2009Il existe un parallèle troublant entre les méthodes employées pour gérer un nombre croissant d’entreprises, notamment les plus grandes, et celles utilisées pour gouverner nos affaires et institutions publiques.
Premier élément de convergence. Tous les salariés du secteur privé le savent : priorité est aujourd’hui donnée au rendement financier à court terme, fût-ce au détriment de la stratégie et de l’intérêt à long terme de l’entreprise. La dictature des résultats du next quarter, pour reprendre une phraséologie chère aux adeptes de l’american way of business, est désormais la règle.
Quel rapport avec les affaires publiques ? L’obsession du court terme se traduit dans le monde politique par un pilotage à vue, au gré des sondages : un chien mort une vieille dame, vite on légifère ! Un détenu récemment libéré commet un crime, vite une nième loi pour punir la récidive… La conséquence de cette frénésie ? Une législation anarchique et non coordonnée, une recherche du spectaculaire au détriment de l’essentiel, de l’accessoire au lieu du principal, du démagogique en lieu et place d’une action à long terme, véritablement utile.
Deuxième élément de convergence : la volonté des dirigeants d’entreprises de satisfaire à tout prix et en premier lieu l’actionnaire. En clair, le fonds de pension américain ou l’investisseur saoudien qui, faisant totalement fi de l’intérêt à long terme de l’entreprise, n’a qu’une idée en tête : revendre au meilleur prix et le plus vite possible la société dont il a, totalement ou partiellement, le contrôle. La méthode ? Restructurations, délocalisations, dégraissages… chacun pourra compléter la liste que l’on ne connaît que trop bien.
Dans la sphère publique, la cause véritable des « restructurations » a une autre source : le pouvoir des lobbies. L’affaire de la suppression de la publicité sur les chaînes publiques au profit de la société d’un ami du Président n’est que la partie la plus visible de l’iceberg : dans tous les secteurs d’activité, dans tous les ministères, cherchez quel lobby se cache derrière chaque décision. Parmi eux, une mention spéciale au lobby du BTP, particulièrement actif et « dynamique » !
Troisième élément de convergence entre les méthodes du privé et celles du politique : la « communication » et l’« enfumage » du consommateur/citoyen.
Dans le privé, la recette est aujourd’hui classique : le marketing « survend » la qualité du service ou du produit. Plus le service est mauvais, plus le produit est médiocre, plus la communication doit affirmer et marteler le contraire, en « enfumant » le consommateur. Cerise sur le gâteau, le consommateur va payer deux fois le fait d’être tombé dans le panneau : une première fois en achetant un produit ou un service qui ne vaut pas son prix, une seconde fois en vérifiant par téléphone, auprès d’un « service consommateurs », au tarif de 0,18 € par minute, qu’il s’est effectivement fait gruger.
Même chose en politique : mentez sans vergogne sur les effets de votre politique en appliquant le vieil adage « plus c’est gros, mieux ça passe ». Supprimez la pub sur les chaînes publiques et affirmez que c’est pour améliorer la qualité des programmes. Faites voter la loi TEPA qui favorise les rentiers et les 1 % de Français les plus riches et annoncez qu’elle favorisera le travail, l’emploi et le pouvoir d’achat ! Autorisez le travail le dimanche et déclarez que c’est pour le plus grand bien des travailleurs…
Il est un dernier parallèle entre privé et politique que nous ne ferons qu’esquisser dans cette présente Lettre du Lundi, réservant des développements plus substantiels pour de prochains billets : celui du krach. Poussés à l’extrême, les symptômes que nous avons décrits ci-dessus ont abouti à des catastrophes dans les secteurs de la finance et de l’immobilier, catastrophes que seule l’intervention étatique a pu tempérer. Mais que se passera-t-il le jour où l’État lui-même sera en faillite ?
Lundi
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